Scénographie


La scène partagée, 1673-1680

Suivant la mort de Molière son ancienne troupe, dépourvue de la salle du Palais-Royal par Lully, s'installe au jeu de paume de la Bouteille (mieux connu sous le nom du théâtre du Guénégaud). La troupe achète les machines et les décors qui s'y trouvent du marquis de Sourdéac, leur propriétaire et constructeur, tout en admettant Sourdéac et son partenaire Champeron à des parts entières dans leur société, sans doute avec l'intention de poursuivre la vogue pour des pièces à grand spectacle. (Cette vogue était très prisée au théâtre du Marais, dont les membres se fusionnent dès lors à la nouvelle compagnie.)

Cependant, en septembre, au moment du retour à Paris des Comédiens italiens (qui faisaient une tournée en Angleterre depuis la mort de Molière), le roi commande aux deux troupes de partager un seul théâtre.

En soi, cet arrangement n'a rien de nouveau pour les Italiens : ils étaient contents de partager le théâtre de Molière avant sa mort. Ils n'ont pas trop souffert de la nécessité de laisser la scène vide après chaque représentation. Chappuzeau, publiant en 1674 un livre sans doute écrit avant, nous dit qu'on "... ne va voir les Italiens que pour le divertissement et les machines". Le critique Robinet, en 1668, parle du Théâtre sans Comédie ainsi :

        Que dire encor des ornemens,
        De tous les riches changemens
        Par qui la scène est si brillante
        Et si pompeuse et si riante ?

et des Remèdes à tous les maux ainsi :

        Soit pour les changemens divers
        Pour les ballets, pour les concerts,
        Les jardins, les architectures,
        Les perspectives, les peintures

Mais à partir de 1673, la situation est bien différente. Les comédiens français ne veulent pas que leurs sous-locataires italiens fassent usage des décors ou des machines; et, quand les Italiens proposent la construction de leur propre matériel scénique, les Français s'y opposent : les Italiens, donc, se trouvent réduits aux moyens scénographiques les plus simples. C'est pourquoi, sans doute, ils refuseront plus qu'une fois les invitations à partager le théâtre neuf de la Comédie-Française à partir de 1689. (Voir BONNASSIES (1874) pp. 50-52.)

L'attitude des Comédiens français à ce égard se comprend mieux, peut-être, quand on rappelle qu'ils ont payé cher les machines de Sourdéac (30,000 livres, l'équivalent de deux ans et demi de pension royale) ; et que leur intention de présenter de grands spectacles a été frustrée, d'abord par le partage de leur théâtre, ensuite par les restrictions qui leur furent imposées par Lully, et enfin par leurs démêlés avec Sourdéac, qui leur ont couté leur machiniste de génie.