Texte saisi par MaryLouise Ennis (mennis@wesleyan.edu)


LE

THEATRE

DE

LA FOIRE,

ou

L'OPERA COMIQUE.

CONTENANT LES MEILLEURES PIECES

qui ont été representées aux Foires de

S. GERMAIN & DE S. LAURENT.

Enrichies d'Estampes en Taille douce, avec une

Table de tous les Vaudevilles & autres Airs

gravez-notez à la fin de chaque Volume.

Par Mrs. Le Sage & D'Orneval.

T O M E I.

[block]

A AMSTERDAM;

Chez l'HONORE' ET CHATELAIN

_____________

MDCCXXIII, s

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

PREFACE

des Auteurs.

Ce n'est point pour disputer de prix avec les Chef-d'oeuvres immortels, qui mettent le Theâtre François au-dessus de tous les Theâtres du Monde, que ce Recueil paroît aujourd'hui. Ce n'est pas même pour entrer en comparaison avec les deux autres Spectacles reglez, où l'on n'observe pourtant pas exactement les préceptes d'Aaristote. [sic] C'est pour laisser à l'avenir un monument qui fasse connoître les diverses formes sous lesquelles on a vû le Theâtre de la Foire.

C'est prendre bien de la peine,

*2 di-

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

diront certaines gens, qui jugent des Piéces par le lieu où on les represente. A quoi bon donner au Public ces misérables Poëmes? Est-ce pour lui reprocher le goût qu'il a eu pour eux? Le seul titre de Theâtre de la Foire emporte une idée de bas & de grossier, qui prévient contre le Livre. Pourquoi vouloir en éterniser le souvenir? On ne peut trop tôt en perdre la memoire.

Il est constant qu'à l'envisager par la totalité des Piéces qui ont été jouées aux Foires, il est plus propre à confirmer qu'à démentir ces discours. On y a vû tant de mauvaises productions, tant d'obscenitez, que les Lecteurs pourroient d'abord n'être pas favorables à cet Ouvrage: mais la reflexion doit l'arracher au mépris, & détruire le préjugé. Ces productions, qu'on ne peu [sic] rappeller que desagréablement pour

ce

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

ce Theâtre, n'y sont point employées.

Nous n'avons pas même jugé à propos de faire imprimer toutes les Piéces qui ont réûssi sur la Scene de l'Opera Comique, celles, par exemple, qui ont dû tout leur succès au jeu des Acteurs, ou à des * Balets brillans. Nous n'avons ôsé mettre au jour que les Piéces qui ont plû par le merite de leur propre fond. Nous avons pareillement supprime celles qui sont tirées des Piéces Italiennes, quelque honneur qu'elles eussent pû faire à notre Ouvrage. Ce sont des dépouilles du vieux Theâtre Italien, qu'il étoit juste de restituer au

*3 nou-

*L'Opera Comique avoit pour Maître de Balet M. Dumoulin-l'aîne, homme consommé dans son art; & pour Compositeur de sa musique M. Gillier, à qui l'on est redevable des meilleurs Vaudeuilles [sic] qui sont répandus dans l'Europe depuis plus de quarante ans.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

nouveau, comme à son legitime heritier. Aussi s'en est-il déjà mis en possession, puisqu'on les rejouë tous les jours à l'Hôtel de Bourgogne telles qu'elles sont imprimées.

C'est donc par ce Recueil seulement qu'on doit juger des Piéces de l'Opera Comique. Peut-être n'y trouvera-t-on pas de quoi justifier le plaisir que tout Paris y prenoit; quoiqu'il y ait des caractéres, du plaisant, du naturel, de la varieté. Elles perdront beaucoup ici d'êre dépouillées de l'agrément de la representation, surtout auprès des personnes qui ont peu fréquenté ce Spectacle.

Il n'y faut point chercher d'intrigues composées. Chaque Piéce contient une action simple & même si serrée, qu'on n'y voit point de ces Scenes de liaison languissantes qu'il faut tou-

jours

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

jours essuyer dans les meilleures Comédies. Quand cette précision, dont les autres Theâtres semblent s'éloigner, seroit en effet un défaut, elle étoit absolument necessaire au nôtre, & devenoit la premiere de nos regles. Nous nous sommes aperçus que les Scenes chargées de Couplets, quelque riche que fût leur fond, devenoient ennuyeuses, à cause du chant qui fait ordinairement languir; c'est pourquoi nous avons mieux aimé divertir en ne faisant qu'éffleurer les matiéres, que d'ennuyer en les épuisant. Il ne faut donc pas qu'on nous reproche de n'avoir pas dit tout ce que nous pouvions dire dans certaines Scenes qu'on auroit voulu plus étenduës.

Quelques Faiseurs de Tragédies & de Poëmes Lyriques ont déjà dit, en voyant la simpli-

*4 cité

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

cité de nos sujets, qu'il n'étoit pas mal-aisé de les imaginer. Ils devroient toutefois en douter. Il n'est pas facile de trouver un milieu entre le haut & le bas; de raser la terre, pour ainsi dire, sans la toucher. Le sublime n'est pas plus difficile à attrapper, que l'art d'amuser l'esprit en badinant. Tous les fonds de Piéces ne sont pas propres pour l'Opera Comique qui a, de même que les autres Theâtres, ses convenances particulieres. C'est ce que les Auteurs ne connoissent point; & c'est faute de cette connoissance, qu'ils n'ont pas réussi sur cette Scene, quand ils ont voulu lui donner des Piéces.

Nous ne prétendons point pour cela soutenir que nos Piéces sont parfaites dans leur genre. Quel Theatre a jamais été dès son commencement ce qu'on l'a vû

de-

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

devenir dans la suite? Qu'est-ce que c'étoit que les Tragedies & les Comedies Françoises avant Corneille & Moliere? Mais, si l'Opera Comique, quand on l'a fermé, n'étoit pas encore parvenu à son degré de perfection, il y tendoit du moins. On peut dire qu'il commençoit à interesser les honnêtes-gens, qui trouvoient dans ce Spectacle un ingenieux mêlange de tous les autres ensemble. Aussi n'at-t-il [sic] point fini faute de Spectateurs.

On y voyoit à la verité regagner ordinairement du Merveilleux; mais ce Merveilleux étoit toujours joint à des sentimens naturels & à des portraits Satiriques, qui contenoient les personnes qui veulent de la Morale.

De plus, ce Theâtre étoit caracterisé par le Vaudevelle, [sic]

*5 espé-

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

espéce de Poësie particuliere aux François, estimée des Etrangers, aimée de tout le monde & la plus propre de toutes à faire valoir les saillies de l'esprit , à reveler le ridicule, à corriger les moeurs.

Ce Vaudeville, dont on ne se servoit dans le commencemens [sic] que par necessité (puisqu'il étoit défendu aux Acteurs Forains de parler) fut d'abord par eux assez mal employé. Point de finesse dans les pensées, point de délicatesse dans les expressions, aucun goût dans le choix des Airs: c'étoit entre leurs mains un diamant brute, dont ils ne connoissoient pas le prix, & que les Auteurs dans la suite ont mieux mis en oeuvre.

Le Theâtre de la Foire (dont voici l'histoire en peu de mots) a commencé par des farces que les Danseurs de corde mêloient

à leurs

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

à leurs exercices. On joua ensuite des fragments de vieilles Piéces Italiennes. Les Comédiens François firent cesser ces representations, qui attiroient déjà beaucoup de monde, & obtinrent des Arrêts qui faisoient défense aux Acteurs Forains de donner aucune Comédie par Dialogue ni par Monologue. Les Forains, ne pouvant plus parler, eûrent recours aux Ecriteaux: c'est-à-dire, que chaque Acteur avoit son rolle écrit en gros caractere sur du carton qu'il presentoit aux yeux des Spectateurs. Ces inscriptions parurent d'abord en prose. Après cela on les mit en chansons, que l'Orchestre jouoit, & que les Assistans s'accoutumérent à chanter. Mais, comme ces Ecriteaux embaraissoient sur la Scene, les Acteurs s'avisérent de les les [sic] faire descendre du ceintre,

*6 de

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

de la maniére qu'on l'explique à la tête de la premiere Piéce de ce Volume.

Les Forains voyant que le Public goûtoit ce Spectacle en chansons, s'imaginérent avec raison que, si les Acteurs chantoient eux-mêmes les Vaudevilles, ils plairoient encore davantage. Ils traiterent avec l'Opera, qui, en vertu de ses Patentes, leur accorda la permission de chanter. On composa aussitôt des Piéces purement en Vaudevilles; & le Spectacle alors prit le nom d'OPERA COMIQUE. On mêla peu-à-peu de la prose avec les vers, pour mieux lier les couplets, ou pour se dispenser d'en trop faire de communs: De sorte qu'insesiblement [sic] les Pieces devinrent mixtes. Elles étoient telles, quand l'Opera Comique a enfin succombé sous l'effort de

ses

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

ses Ennemis, après en avoir toujours été persecuté.

Nous suivons cette chronologie dans la distribution de nos Piéces. Nous en donnons d'abord trois par Ecriteaux: Puis, nous mettons celles qui sont en purs Vaudevilles chantez par les Acteurs; & enfin, les Piéces qui sont mêlées de prose.

Nous avons recherché avec soin les paroles originales de chaque Vaudeville, & même nous le désignons souvent par son refrain, ou par son trait le plus connu, sans avoir toujours égard à son commencement. Par là, nous épargnons au Lecteur la peine de recourir à la Table des Airs notez qui est à la fin de chaque Volume: Ce qu'il ne sera obligé de faire que pour des Couplets dont il ne saura point les Airs. En ce cas, le chifre [sic] qui les indique les lui fera

*7 trou-

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

trouver aisément. Enfin, nous n'avons rien négligé pour rendre notre ouvrage utile & agréable. Les autres Theâtres n'ont pas plus que lui pour but la correction des moeurs, & il n'est pas moins propre qu'eux à délasser un homme sérieux de ses grandes occupations. Il peut sur tout être d'un grand secours à la Campagne, où l'on fait souvent succeder aux autres plaisirs celui de representer dans une famille de petites Piéces Dramatiques. Si l'on peut en choisir de meilleures, celles-ci du moins ont l'agrément d'être nouvelles & d'un goût singulier.

Mais, Messieurs les Lecteurs, qui condannez [sic] quand il vout plaît les Livres, malgré les raisons dont on veut vous bercer dans les Prefaces; qu'il nous soit du moins permis en finissant, d'en user avec vous comme une Par-

tie

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

tie dont on va juger le procès, en use avec ses Juges. Si elle a quelque observation essentielle à leur faire faire, elle ne s'en repose pas sur l'obligation où ils sont de tout examiner avant qu'ils décident. Nous vous avertissons qu'il faut chanter & ne pas lire simplement nos Couplets. Regardez-les comme les vers des Divertissemens d'Opera: les uns & les autres sont faits sur des canevas. Le chant vous inspirera une gayeté indulgente. Enfin, en les chantant, vous y mettrez du vôtre, & nous aurons meilleur marché de vous: Au lieu que, si vous ne faites que les lire, vous prendrez garde à tout.

Sur

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sur l'AIR 54 (Grimaudin.)

Un mot dur nous ôté l'estime

D'un fin Lecteur;

Il s'attache au tour, à la rime:

Mais un Chanteur,

Occupé du charme des Airs,

En fredonnant, fait grace aux Vers.

[block]

 

PIE