Chronologie : 1700


1700 janvier 2 :

Alexandre Bertrand demande la permission de présenter ses marionnettes dans le préau de la Foire Saint-Germain, comme l'année précédente. Le 5, le lieutenant de police, d'Argenson, la lui accorde.

1700 février 17 :

Les enfants d'Allard, qui avaient bien diverti la duchesse de Bourgogne à Fontainebleau, apparaissent devant la cour à Marly. Le 17, c'est la Mascarade de la Ménagérie (musique d'André Philidor). Selon le Mercure Galant (février 1700, 224), "les Singes, qui estoient de vrais sauteurs, firent merveilles". Le 18, c'est la Mascarade de Monseigneur. Le marquis de Sourches nous indique le genre:

[La mascarade] étoit précédé[e] par deux sultanes, qui étoient la princesse de Conti et la marquise d'Antin, lesquelles menoient à la chaîne deux gros singes, qui étoient les deux Allard ; apres cela venoient deux perroquets, qui étoient deux musiciens, suivis de deux grands ours, qui étoient le comte de Toulouse et le grand prieur de France...
Le deux gros singes firent beaucoup de tours de leur métier et de sauts périlleux.

(Sourches, Mémoires, VI, 231.)

Bientôt, compliment plus grand : la duchesse de Bourgogne rend visite aux Allard chez eux.

1700 mars 2 :

Cette fois-ci, c'est la duchesse de Bourgogne qui vient chez les Allard. Le roi, nous dit Sourches (VI, 236), avait donné mille pistoles à la jeune princesse pour se divertir à la Foire Saint-Germain. Elle y arrive avec son mari le duc -- qui, cependant, "n'y demeura guère et alla à l'opéra" (Journal de Dangeau, VII 266). La duchesse passe dans le jeu de paume d'Orléans, fort contente, dit le Mercure Galant, car "les Danseurs de Corde ... font cette année des choses prodigieuses" (février, 253). En août la duchesse leur rend visite encore, à la Foire Saint Laurent, et les invite au château de Fontainebleau au mois d'octobre.

1700 juillet 25 :

Ouverture de la Foire Saint-Laurent. Dans le préau, qu'on appelle le préau des spectacles depuis que la veuve Maurice en ait pris contrôle, on retrouve les Allard, sans doute dans "la cabanne de Mme Morice" indiquée sur le plan de 1702. La duchesse de Bourgogne leur rendra visite au mois d'août.

A côté, il y a le combat d'animaux, prototype du cirque moderne, et peut-être l'endroit où la veuve Maurice et son mari avaient présenté des chevaux aux années 1687-1688.

Il y a aussi le marionnettiste Alexandre Bertrand. Peut-être il est déjà installé là où on le retrouve à la foire de 1701 : sur la chaussée, en face de la rue de Paradis, dans le Jeu des Victoires. Est-ce lui qui monte La Défaite de Darius par Alexandre ? On cherche toujours des renseignements sur cette pièce, connue seulement par son titre.

De toute façon, il est clair que Bertrand présente plus que ses marionnettes à cette foire. Un des documents retrouvés par Campardon nous indique la présence dans sa troupe de Charlotte Dumoustier, qui "a chanté à la foire St-Laurent pour le sieur Bertrand, joueur de marionnettes", ainsi qu'Antoine Legrand, danseur, Catherine Verneau, danseuse, et Françoise Olivier, danseuse. Il est possible que Nicolas Bienfait, qui devient son gendre par le mariage avec Anne Bertrand au mois d'octobre 1700, y est employé comme joueur de marionnettes.(CAMPARDON (1877) i 288)

Nous pouvons identifier provisoirement plus que vingt personnes qui travaillent à cet époque pour l'une ou pour l'autre des deux troupes.

1700 septembre 18 :

Depuis quelque temps le lieutenant de police, d'Argenson, discute une proposition de créer un cirque royal. Enfin il envoie tous les documents à Pontchartrain :

J'ai l'honneur de vous envoyer tous les mémoires qui regardent l'établissement du Cirque Royal dont le sieur De Rochefort sollicite le privilége. Les titre des uns des autres vous feront assez connoître ce qu'ils contiennent (…) Mais j'ai peine à croire que cette grâce enrichisse ceux qui l'obtiendront, ni qu'ils trouvent dans la fantaisie du peuple, de qui dépend tous les succès des spectacles, à se dédommager de leurs avances. Ils comptent que l'emplacement et la construction du cirque entier leur reviendront à plus de 400,000 liv., et, suivant leur propre calcul, toute l'étendue de ce terrain ne pourroit contenir que 4 à 5,000 personnes, et ne rapporteroit par conséquent que 12 à 1,500 louis tout au plus à chaque carrousel (LARCHEY & MABILLE (1866) 30)

Puisqu'il s'agit de carrousels, on pense plutôt à l'Académie de Spectacles dont Guichard a rêvé en 1674, qu'à l'idée d'un cirque moderne. Mais il n'est pas clair. A noter que Guichard lui-même vient juste de rentrer à Paris après plusieurs années en Espagne. Il est toujours avide de spectacles : son opéra, Ulysse, sera présenté au Palais-Royal en 1703.

Sieur de Rochefort pourrait bien être lié à Pierre Michu de Rochefort, peintre, membre de la troupe franco-italienne depuis 1699, et qui ouvrira un jeu aux foires en 1705.

1700 octobre 14 :

Les Allard sont de retour à Fontainebleau. Le Mercure Galant, rapporteur assidu des événements à la cour, nous dit :

Le Jeudy 14 il y eut Chasse de Cerf, & le soir les Comediens representérent Sertorius de Mr de Corneille l'aîné, & l'Esprit de Contradiction du Sr Riviere [sic], & entre les deux Pieces, les trois Allard, pere & fils, executerent des sauts étonnans, qui divertirent fort l'assemblée.
(Mercure Galant, 1700 (octobre) p.255)

Le 18, "les Allard firent de nouvelles Scenes & de nouveaux Sauts" (ibid., 257). Le 20, "les Allard firent ensuite des merveilleux" (ibid., 258). Le 25, "les Allard, celebres Sauteurs, firent ensuite des choses étonnantes" (ibid., novembre, p.211).

Et ainsi de suite, jusqu'au 10 novembre quand la cour reçoit les nouvelles bouleversantes du mort du roi d'Espagne, arrivé le 1 novembre. Face à une crise politique qui va impliquer toute l'Europe, Louis XIV met fin aux divertissements.

1699 1701