Chronologie : 1699


1699 janvier 20:

Une lettre de Harlay à Pontchartrain déclenche la taxation des théâtres parisiens, le droit des pauvres, "pour remédier la mendicité". Evidemment, Harlay a déjà discuté la question avec les responsables des théâtres, car le 26 Pontchartrain lui répond qu'il a lu au Roi

... le mémoire que vous m'avés envoié de ce que vous croiés qu'on peut prendre sur l'Opéra et sur la Comédie en faveur de l'hospital général, et des offres qui sont faittes en conséquence.
(DEPPING (1855) ii 758)

Pontchartrain invite Harlay à continuer les discussions avec Francine à l'Opéra et avec les comédiens français sur "la somme qu'ils devroient raisonnablement payer" (BUREAU (1898) 84). Une semaine plus tard on en parle à la cour comme d'une chose accomplie (Sourches, Mémoires, vi, 119), et l'ordonnance même apparaît le 25 février.

1699 janvier 25:

Cadet Cassan de Beaupré, pour la troupe franco-italienne, présente une requête à la ville de Nevers qui demande permission d'y jouer pendant le carnaval. Il déclare "qu'il y a environ sept ou huict mois que cette trouppe a eu l'honneur de vous Representer les pieces qu'elle possède". Après quelques hésitations, le 25 la ville donne permission "a condition de commencer leurs Representations a cinq heures du soir ... et de ne prendre pour chasque Representation de piece ordinnaire que dix sols." (Archives Départementales de la Nièvre, Série B: BB34 ff. 171-172.)

1699 février:

La pantomime figure parmi les divertissements offerts à la famille royale pendant le carnaval à Marly. Selon le Mercure Galant, il y avait:

...plusieurs Mascarades chaque jour, qui toutes avoient un nom et un sujet. Ainsi elles pouvoient passer pour des petites Comedies tres-ingenieuses & representées seulement par des actions & par des pas."
(Mercure Galant, février 1699, p. 285)

C'est le début d'une mode nouvelle, une génération après son utilisation par Molière dans les divertissements de cour. En même temps, il signale l'introduction à la cour des enfants du sauteur Charles Allard, dont on parle pour la première fois dans le journal de Dangeau le 18 octobre.

1699 février 19:

La Comédie-Française porte plainte contre Alexandre Bertrand, qui joue dans le préau de la Foire S. Germain, et contre Jean Bertrand, qui joue dans le cul-de-sac de la rue des Quatre Vents. La sentence de police, février 27,

...fait tres expresses inhibitions et deffenses auxd. nommés Allexandre et Jean Bertrand et a tous autres de representer en public aucunes Comedies dans la Ville et faux Bourgs de Paris
(Archives de la Comédie-Française, Recueil d'extraits 1706, pièce 3)

C'est la première indication d'un théâtre construit dans le préau de la Foire S. Germain depuis la résolution des problèmes entre les syndics des marchands et l'abbaye en 1696.

1699 février 25 :

Introduction du droit des pauvres sur les théâtres à Paris, par une

Ordonnance pour lever, à partir du 1er mars 1699, un sixième en sus sur les sommes qui reviennent de l'Opéra et de la Comédie, au profit de la subsistance des pauvres de l'Hôpital Général.

Sa Majesté voulant, autant qu'il est possible, contribuer au soulagement des pauvres, dont l'hôpital général est chargé, et ayant pour cet effet employé jusqu'à présent tous les moyens que sa charité lui a suggérés, elle a cru devoir encore leur donner quelque part aux profits considérables qui reviennent des opéras de musique et des comédies qui se jouent à Paris par sa permission.

C'est pourquoi Sa Majesté a ordonné et ordonne qu'à l'avenir, à commencer du premier mars prochain, il sera levé et reçu au profit dudit hôpital général un sixième en sus des sommes qu'on reçoit à présent, et que l'on recevra à l'avenir pour l'entrée auxdits opéras et comédies; lequel sixième sera remis au receveur dudit hôpital, pour servir à la subsistance des pauvres.


(BUREAU (1899) 82-83)
Voir aussi BENOIT (1971) 164), BONNASSIES(1875), 144.

Le sixième en sus dit, en effet, que l'Hôpital Général prendra le septième des recettes, après une augmentation des prix. (Il y aura un léger changement en 1701.) Pour le moment, les théâtres forains de la veuve Maurice, des Allard, et des Bertrand, n'y sont pas impliqués : les soumettre à une telle redevance serait de reconnaître leur existence, et même de la rendre légitime.

1699 octobre 18:

Les enfants d'Allard paraissent à Fontainebleau pour divertir la jeune duchesse de Bourgogne, qui se prépare pour la consommation de son mariage. Selon Dangeau:

...Il y eut des sauteurs qui sont les enfants d'Allard qui firent des sauts extraordinaires dans la salle des Suisses. Monseigneur y étoit, et madame la duchesse de Bourgogne les vit de chez madame de Maintenon.
(Journal de Dangeau, VII, p. 170)

La nuit suivante:

Le soir les comediens représentèrent la Mère coquette, de M. Quinault, qui fut précédée d'un scène nocturne des deux fils du Sieur Allard, l'un en Scaramouche et l'autre en Arlequin, qui firent des sauts merveilleux.
(Journal de Dangeau, VII, p. 170)

(La référence aux trois Allard ici est indiscutable. Il s'agit de deux générations, Charles père, dont les activités ont marqué la naissance du théâtre de la foire en 1678, et ses deux enfants : Charles fils (l'aîné), et Pierre. Il y a eu pas mal de confusion sur ce point.)

Quatre mois plus tard ils se trouvent à Marly.

1699 décembre 24

La veuve Maurice signe un acte d'association pour six ans avec la famille Allard, dont les deux fils commencent à briller à la cour. En effet, c'est une réincarnation de la troupe Allard/Vondrebeck de 1678.

1698 1700