Chronologie : 1676


1676 (s.d.):

Les Pygmées, premier spectacle de La Troupe royale des Pygmées, paraît au Marais. C'est un opéra de marionnettes "des figures humaines de quatre pieds de haut, richement habillées, en tres-grand nombre" qui vont "réciter, marcher, actioner comme des personnes vivantes... sans qu'on les tienne suspenduës." Nous reproduisons le texte du livret ici pour la première fois.

Le privilège pour la troupe fut accordé à La Grille, chanteur de la Musique de la Chambre du roi, en mars 1675. Les chansons rappellent celles de Pierre Perrin, fondateur de l'Académie d'Opéra en 1669. Les machines volantes et les décors rappellent l'oeuvre du Marquis de Sourdéac, qui, avec La Grille, participait à l'entreprise de Perrin jusqu'au moment où Lully leur enleva le privilège de l'Opéra.

Le thème des pygmées rappelle Le Ballet dansé à Essaune, de 1656, pour la réception de la reine Christine de Suède, dont Beauchamp, maître de ballet pour Perrin et ensuite pour Lully, a fait la chorégraphie. Perrin lui-même emploie l'image des pygmées dans son Ballet des faux Roys : la quatrième entrée de la IIe Partie présente

... un petit garson deguisé en nain, avec un bouclier et une grande epée, qui semble combattre contre les grües qui volent en l'air.
AULD (1986), vol. 3 pp. 74-75.

Sourdéac s'y intéresse aussi? On ne sait pas, mais, vue l'importance des décors et des machines volantes dans Les Pygmées, et le fait que l'entreprise faisait opposition directe au privilège de Lully, c'est possible. Peut-être trouverons-nous une référence contemporaine à son intérêt dans cette épigramme collectionnée par Du Tralage :

Contre un simple pygmée et contre un myrmidon,
Qui l'auroit jamais crû, mais qui le pourra croire ?
La chose est pourtant vraye, en cette occasion
Alexandre le Grand a perdu la victoire.

("Alexandre" serait donc Alexandre de Rieux, Marquis de Sourdéac; et "la victoire" faisait peut-être allusion, après la chute de la troupe, à sa défaite par Lully en rappellant la chanson dans Les Pygmées qui a pour refrain, "Victoire! Victoire! Victoire!")

Voir aussi :

Les Amours de Microton

1676 mars 12:

La Gazette d'Amsterdam annonce qu'on vend le livret des Pygmées. Voir MELESE (1934B) p. 163.

1676 (tard ?):

Le deuxième, et dernier, spectacle de La Troupe royale des Pygmées paraît au Marais, sous le titre: Les Amours de Microton, ou les Charmes d'Orcan. Nous publions le texte du livret ici pour la première fois depuis sa parution originale.

Décrite comme "tragédie enjouée," la pièce est plutôt pastorale comique dans la manière de Pierre Perrin (fondateur de l'Opéra français), mort en 1675. Avec ses dix-neuf "chansons" et ses entrées dansées, on pourrait même dire que c'est un prototype de la comédie-musicale.

Les personnages sont représentés par des grandes marionnettes qu'on a vu dans le premier spectacle, Les Pygmées, avec, semblablement, un corps de ballet vivant et des sauteurs - peut-être les mêmes qu'on verra en 1678 présenter Les Forces de l'Amour et de la Magie, dont les thèmes et les techniques font écho aux Amours de Microton.

Voir aussi :

1677 février 5

1675 1677