Jules Bonnassies

La Comédie-Française, Histoire administrative (1874)

Chap. III


III

FUSION DU MARAIS ET DU PALAIS-ROYAL.

THÉATRE GUÉNÉGAUD. HÔTEL DE BOURGOGNE.

 

Molière meurt le 17 février 1673.

Le théâtre ferme. La Troupe, effarée de la disparition soudaine de celui qui était son soutien et sa fortune, vit pendant quelques jours, dans les transes. Tandis que la populace, fanatisée par les prêtres, menace de briser le cercueil de l'auteur du Tartuffe et de Don Juan, Louis XIV, que le grand homme n'amusera plus, se dispose c'est La Grange qui le dit a anéantir sa troupe, cette chère partie de lui-même, en la réunissant à l'Hôtel. Cependant les camarades de Molière se remettent. Ils comprennent que l'important est de s'affirmer [1] : ne recevant pas d'ordres ils rouvrent, le 24, par le Misanthrope [2], et continuent de représenter jusqu'à la clôture habituelle, qui a lieu le 21 mars. A ce moment, nouvel assaut donné par l'Hôtel et le Marais, qui, selon Chappuzeau, s'efforcent d'obtenir la suppression de la pauvre troupe, et, des trois côtés, on apparaît continuellement sur la route de Versailles. L'Hôtel parvient, du moins, à enlever à ses rivaux plusieurs de leurs coryphées, La Thorillière, Baron, Mlle Beauval et son mari, et Lulli, l'intrigant et ingrat florentin, à qui Molière avait rendu service, arrive à la rescousse, et obtient, pour y transporter son Académie Royale de Musique, la salle du Palais-Royal.

Heureusement pour elle, la troupe de Molière possédait un homme de sens, actif et habile en même temps qu'homme de bien, La Grange, à qui nous devons, entre autres papiers, ce registre que va publier M. Édouard Thierry et qui rend moins regrettable la perte de presque tous ceux des Comédiens du Palais-Royal ; La Grange, dont le contrat de 1681 fit presque—ce qu'il était depuis longtemps—l'économe et le directeur attitré de la Comédie, et à qui Molière, depuis le 14 novembre 1664, avait délégué, avec les fonctions d'orateur, la plus grande partie de son autorité. Armande Béjart, qui, grâce au nom de son époux et à l'apport, dont nous parlerons plus bas, des fonds nécessaires à la reconstitution matérielle du théâtre, exerça, pendant quelque temps, une sorte de décanat, laissa vite, autant par sa nonchalance bien connue que par sentiment de la supériorité de la Grange, ce dernier prendre le pas. Soutenus par le sage comédien, les camarades de Molière reprennent courage. D'ailleurs que d'atouts dans leur jeu ! Malgré la désertion de quatre des leurs, ils comptent encore de grands talents dans la Troupe, qu'on répute la meilleure pour la comédie. Ils ont aussi, bien que la propriété littéraire ne soit pas reconnue, le répertoire si riche, si varié, de Molière, dont ils gardent la tradition, et qui leur demeurera bien, s'ils durent, puisque ce sont eux qui en donneront les plus belles représentations. Ils ne sont même pas pris au dépourvu, car le Malade, interrompu par la mort de l'auteur, reste une nouveauté et leur offre une ressource immédiate, jusqu'à ce qu'ils aient pu monter une autre pièce.

Ils songent d'abord à compléter la Troupe, dans laquelle Poquelin laisse un si grand vide. A cet effet, ils s'adressent à Claude de La Roze de Rosimond, le meilleur comédien du Marais, homme intelligent, instruit, dont sans doute l'engagement expirait, et le prient de venir prendre les rôles de Molière. Celui-ci, flatté de la proposition, l'accepte, et, le 3 mai , le contrat dont l'analyse suit est passé par-devant Mes Clément et Pauyot [3] :

Les signataires du présent s'associent, afin de jouer le plus tôt possible, pour six ans, à partir du jour où ils auront trouvé un théâtre ;

Tous les Comédiens devront contribuer aux dépenses au prorata de leur part, excepté pour les costumes, qu'ils feront faire à leurs dépens ;

I1 ne sera pris de décision que du consentement de la Compagnie et à la pluralité des voix ;

Mlle Molière, La Grange, Mlle de Brie, du Croisy, Hubert et Rosimond auront une part ;

Mlle La Grange, de Brie, Mlle Aubry, demi-part ;

Ceux qu'on admettra dans la suite auront ce que la Troupe décidera ;

Le décès d'un des signataires du présent contrat n'y portera pas atteinte ;

Nul ne pourra quitter la Troupe pour aller jouer dans une autre, à peine de 6,000 liv. applicables, moitié à l'Hôpital général, moitié aux comédiens qui resteront ;

Enfin, Marie-Angélique Gassot du Croisy, fille mineure du comédien de ce nom, âgée de quinze ans, est reçue, sous l'autorité et responsabilité de son père, à quart de part.

Les parts sont donc au nombre de sept trois quarts.

Quant au théâtre, nos comédiens allaient en trouver un tout préparé. Ce fut celui qu'Alexandre de Rieux, Chevalier, Seigneur Marquis de Sourdéac et autres lieux, et son associé François Bersac de Fondant, Ecuyer, sieur de Champeron, avaient fait construire, en 1670, dans le jeu de paume de La Bouteille, que leur avaient loué, par bail du 8 octobre, Maximilien de Laffemas, sieur de Soyecourt, et les cohéritiers d'Isaac de Laffemas, propriétaire dudit jeu. I1 était situé rue des Fossés-de-Nesle, depuis rue Mazarini, et un peu plus tard Mazarine, en face de la rue Guénégaud [4]. Sourdéac et Champeron avaient fait bâtir le théâtre pour Cambert et Perrin; et ces derniers y donnèrent l'opéra, de mars 1671 à mars ou mai 1672. Perrin, éliminé par ses associés au commencement de 1672, fut remplacé par Gilbert. Le quatuor lyrique fut, à son tour, évincé du privilége, en mars ou en mai, par Lulli, qui, associé à Vigarani, transporta l'Académie Royale de Musique dans le jeu de paume du Bel-Air, au bout de la rue de Vaugirard, qu'il devait bientôt quitter pour aller au Palais-Royal. Sourdéac, l'habile machiniste-décorateur, et Champeron payaient donc, depuis plus d'un an, le loyer d'un magnifique théâtre, spacieux, bien machiné, fait en un mot pour représenter l'opéra, dont ils ne savaient que faire. Ils devaient saisir avec empressement la première occasion qui s'offrirait de s'en débarrasser. De leur côté les Comédiens du Palais-Royal ne pouvaient laisser échapper une aussi belle salle [5], d'autant que leurs confrères du Marais intriguaient auprès de Sourdéac, pour l'obtenir.

Ils se hâtent donc de conclure. Par contrat du 23 mai, passé par-devant Mes de Beaufort et Gigault [6] :

Sourdéac et Champeron leur cèdent le droit du bail, à eux fait par Maximilien de Laffemas et les cohéritiers d'Isaac, du jeu de paume ainsi que de deux corps de logis ayant face sur la rue Mazarini et de partie de la place d'un chantier derrière l'édifice, du coté de la rue de Seine, pour deux années et demie restant à expirer des cinq portées au bail, moyennant un loyer de 2,400 liv. annuelles payables, à l'acquit et décharge de Sourdéac et de Champeron, à Laffemas et cohéritiers ;

Puis, Sourdéac et Champeron leur vendent « le theatre, orquestre, machines, mouvemens, cordages, contre poids, peintures et generalement toutes choses dependantes et servant à l'usage des theâtres et representations » 30,000 liv. comptant.

Le même jour, dans une contre-lettre signée pardevant Mes Chuppin et Le Normand [7], les parties reconnaissent que, desdites 30,000 liv., il n'en a été payé que 14,000 comptant [8], et que les 16,000 restant seront payées au moyen d'un prélèvement de 50 liv. par jour de représentation.

Le même jour encore, par un troisième acte [9] passé par-devant Mes Moufle et Ferret, il est convenu que :

Comme payement des 16,000 liv. qui leur restent dues, Sourdéac et Champeron, au lieu de toucher 50 liv. chaque jour de représentation, auront chacun une part, leur vie durant, dans la société, à l'instar des Comédiens ;

La part de Sourdéac sera éteinte avec lui  ;

Celle de Champeron, s'il vient à mourir, sera transportée à son frère Bersac de Fondant de Lalande, à la mort de qui elle s'éteindra.

De plus :

La part de chaque comédien sera éteinte par son décès ou son départ, au profit de la Troupe, sans que les veufs ou veuves puissent en rien prétendre, sauf que, suivant l'usage qui existe parmi les troupes de comédiens, la part du défunt continuera d'être payée à ses héritiers jusqu'à la clôture de l'année du décès [10] ;

Les Comédiens déclarent apporter, au profit commun de tous les intéressés, dix [11] lustres de cristal qu'ils avaient au Palais-Royal et toutes les décorations et autres choses qui leur appartiennent ;

Ceux qui se retireront de la Troupe, avec son consentement ou par incapacité ou pour tout autre motif, jouiront d'une pension viagère annuelle de 1,000 liv. pour la part, de 500 pour la demi-part, et à proportion ;

Le loyer de l'établissement sera payé en commun par tous les Comédiens, même par Sourdéac et Champeron, à proportion de leurs parts ;

Le bail sera renouvelé, de concert entre les Comédiens et leurs deux associés, le plus tôt et pour le plus de temps possible, au profit commun de tous les intéressés ;

Tous les frais seront payés en commun et par préférence sur les recettes et revenants bons, excepté les costumes, que chacun fera faire à ses dépens ;

On recrutera les acteurs nécessaires, lesquels seront tenus de prendre leur charge dans la dette des 14,000 liv., sans que Sourdéac ni Champeron puissent rien prétendre à ces remboursements ;

Les deux associés auront voix délibérative dans toutes les affaires de la Troupe, comme tous les acteurs et actrices, et donneront « leurs soins, aduis et ministere quand il en sera besoin dans toutes les pieces qu'elle representera. [12] »

Ayant de la sorte arrangé ses affaires, l'ex-Troupe du Palais-Royal, parvenue, malgré les intrigues de ses rivales, à conserver son titre de Comédiens du Roi, sinon la pension que lui donnait le monarque du vivant de Molière [13] , prit possession de son nouveau local et y prépara ses représentations. L'admission de Sourdéac et de Champeron y portait le nombre des parts à sept trois quarts.

Sur ces entrefaites, parut l'ordonnance du 23 juin 1673, que signa, sur l'ordre du Roi transmis par Colbert, La Reynie, Lieutenant de police [14] . Elle décrétait implicitement la fusion de la Troupe du Marais dans celle de Guénégaud, en supprimant la première, dont le théâtre devait être démoli, tandis que l'ouverture de celui de la rue Mazarine était autorisée.

Il n'allait plus rester à Paris que deux troupes de comédiens français ; c'était encore le régime des priviléges, et Louis XIV, en en restreignant le nombre, préludait à la mise à exécution complète de son système de concentration des éléments de l'art. Mais, laissant de côté l'appréciation, que nous faisons ailleurs [15] , du privilége et du monopole, bornons-nous à constater que, depuis quatre mois, la troupe de Molière s'était bien relevée : c'étaient ceux-là mêmes qui en avaient demandé la confiscation à leur profit, qui se voyaient confisqués au sien. Remarquons également que la suppression du Marais, fort discutable, à notre sens, au point de vue des intérêts généraux du théâtre, était avantageuse à la Troupe Guénégaud, qu'elle délivrait d'une concurrence redoutable, à qui elle amenait de bons acteurs, habitués aux grandes pièces, et qui, ayant dès lors en son jeu l'atout de la comédie et celui de la pièce à machines, allait pouvoir éclipser l'Hôtel, toujours réduit à la tragédie. Scapin et Circé contre Agamemnon, c'étaient la Dame et le Valet contre le Roi.

La Troupe du Marais était composée de  :

REGNAULT PETIT-JEAN, sieur DE LA ROQUE ; - Achille VARLET, sieur DE VERNEUIL (frère de La Grange) ; — Joseph DU LANDAS, sieur DU PIN ; — Nicolas DORNÉ, sieur D'AUVILLIERS ; François GUÉRIN, sieur D ESTRICHÉ ; — et des Dlles Catherine DES URLIS ; Marie VALLÉÈ ; Marie DUMONT, femme de Pierre AUZILLON (ou OZILLON), guidon de la compagnie du Prévôt de l'Ile de France ; Louis JACOB DE MONTFLEURY, femme de DU PIN ; Françoise-Victoire POISSON, femme D'AUVILLERS ; — et Judith DE NEVERS dite GUYOT.

L'ordonnance du 23 juin fut signifiée, le 12 juillet, à Mlles des Urlis et Vallée, qui ne furent point incorporées. Ce fut, disent les frères Parfaict, Colbert lui-même qui traita l'affaire et distribua les parts. Selon La Grange, l'ex-Troupe du Palais-Royal aurait été libre de choisir ceux des comédiens du Marais qui lui plaisaient: « En consequence, dit-il, la Troupe du Roy associa encor ceux qu'elle jugea à propos des Comediens du Marais pour se mettre en état de commencer auec auantage sur vn nouueau theatre. » Quoi qu'il en soit, rien ne se fit, et d'ailleurs ne se pouvait faire que de l'assentiment du monarque ou de son ministre, car nous savons que La Grange et ses camarades ne voulaient pas accepter Mlle Ozillon, et que cette actrice leur fut presque imposée. Le 10, on avait signifié également l'ordonnance au sieur Noël, directeur des biens et offices appartenant à la succession du défunt sieur Aubert, propriétaire du jeu paume du Marais.

La nouvelle Troupe Guénégaud rouvrit, le dimanche 9 juillet, par le Tartuffe; sa première chambrée fut, au dire de Chappuzeau, magnifique. Le contrat du 23 mai ne paraît pas avoir été renouvelé à la suite de ces changements : il est probable que les acteurs du Marais furent censés y adhérer, en obéissant à l'ordonnance, car ni l'inventaire de 1718 (Archives de la Comédie), ni les actes de société postérieurs ne mentionnent de nouvelles conventions faites à ce moment.

Les Comédiens Italiens, chassés également du Palais-Royal par l'envahissant florentin, obtinrent des français la sous-location, pour les jours extraordinaires, du théâtre de la rue Mazarine, moyennant le partage du loyer, soit 1,200 liv. par an ; c'était précisément la pension que Lulli avait reçu l'ordre de leur payer, comme dédommagement de leur émigration forcée, ainsi que semblent le dire les feuilles d'assemblées de 1694 [16] .

La Troupe de Guénégaud, sous la direction officieuse de La Grange, soutint la gloire du théâtre de Molière, dont elle ne cessa de jouer le répertoire. Elle s'efforça également d'attirer, en leur offrant des avantages, les auteurs tragiques, pour faire concurrence à 1' Hôtel ; Thomas Corneille, l'un des écrivains qui ont eu le plus de vogue de leur temps, fut son auteur attitré. Enfin, possédant une scène qui était, à part celle des Machines (aux Tuileries), la plus profonde qu'il y eût dans Paris, elle monta, souvent à grands frais, des pièces à spectacle qui ne laissaient pas néanmoins d'être littéraires. Bref, elle tâcha de réunir les trois genres que se partageaient naguère les trois théâtres français. En même temps, la bonne administration qui y régnait aux Comédiens des parts assez rondes.

Voici, après la réunion, la composition de cette troupe:

LA GRANGE, DE BRIE, DU CROISY, HUBERT, venus du Palais-Royal ; ROSIMOND, LA ROQUE, D'AUVILLIERS, DU PIN, VERNEUIL, GUÉRIN D ESTRICHÉ, du Marais ; — Mlles MOLIÈRE, LA GRANGE, DE BRIE, AUBRY (Genev. Béjart), Angélique DU CROISY, du Palais-Royal ; — D AUVILLIERS, DU PIN, OZILLON, GUYOT, du Marais ;— S0URDÉAC et CHAMPERON, « machinistes, » dit La Grange :

En tout vingt-un sociétaires ayant ensemble dix-sept parts et demie.

La situation sociale des ex-Comédiens du Palais-Royal n'était pas changée, sauf que de Brie avait eu la part de sa femme, et Mlle de Brie la demi-part de son mari. Quant à ceux venus du Marais, Dupin et Mlle Dauvilliers avaient une demi-part, Mlle Ozillon trois quarts, les autres une part entière.

Le 6 avril 1674, Mlle Guyot perdit une demi-part; La Grange, qui parle deux fois de cette dégradation, dit, la première, qu'elle fut décidée par Colbert,—la seconde, par la Troupe. En conséquence, il y eut dix-sept parts. Néanmoins, à la reprise du Malade, on partagea sur dix-huit, à cause de la part d'auteur que toucha Mlle Molière, comme héritant des droits de son mari. Quant à la dernière année de la pension du Palais-Royal (7,000 liv.) payée le 6 juillet, La Grange dit qu'elle fut partagée entre les acteurs qui étaient dans la Troupe du vivant de Molière, et que chaque part eut 500 liv. (c'est-à-dire, comme en février 1673 : 6,000 pour les douze parts, une part d'auteur (500 liv.) payée à Mlle Molière, et 500 liv. pour les frais du Malade). Les quatre comédiens passés à l'Hôtel, à Pâques 1673, furent-ils admis à ce partage ? nous l'ignorons; d'ailleurs, La Grange, après avoir mentionné le payement de la somme, raye le chiffre.

Du 19 octobre 1674 au 11 février 1675, les Dauvilliers et les Dupin furent, nous l'avons dit, expulsés par leurs camarades. Chacun de ces couples jouissait d'une part et demie. Leur exclusion réduisait donc le nombre des parts à quatorze ; cependant nous voyons la Troupe tirer quatorze parts et demie : cette demie évidemment destinée à subvenir aux frais du procès. Le 12 février, le partage sur dix-sept parts recommence. Ajoutons que, accidentellement, pour les pièces des auteurs en renom, la Troupe retirait deux parts d'auteur, ce qui diminuait celles des Comédiens ; une fois, on tire également une part pour Baraillon, le costumier, à titre de payement des costumes qu'il fournit aux assistants (comparses). Pour Circé, la Troupe procéda d'une manière exceptionnelle : elle paya deux parts d'auteur à Thomas Corneille, en ne partageant que sur quatorze parts, mais « sans consequence pour les autres pieces. »

A Pâques 1676, les parts de Brie, mort le 9 mars, et de Mlle Aubry, morte le 3 juillet précédent, s'éteignirent, La Roque se retira et Mlle de Brie fut mise à part, d'où : quinze parts.

Voici, à la même époque, la composition de 1'Hôtel, qui continuait de porter le titre de Troupe Royale et de toucher une pension annuelle de 12,000 1iv.:

Noël LE BRETON, sieur D'HAUTEROCHE ;— N. JUVÉNON DE LA FLEUR ; — Raymond POISSON ; — Guillaume MARCOUREAU, sieur DE BRÉCOURT ; Charles CHEVILLET, sieur DE CHAMPMESLÉ ; François-Jean JUVÉNON, sieur DE LA THUILLERIE ; N. LE NOIR, sieur DE LA THORILLIÈRE ; Michel BOYRON (BARON) ; Jean PITEL, sieur DE BEAUVAL ; Mlles Madeleine DU BOUGET, femme de François CHATELET dit BEAUCHATEAU ; - Victoire GUÉRIN, femme de Raymond POISSON ; Françoise JACOB DE MONTFLEURY, femme de Mathieu D'ENNEBAUT ; - N. Etiénette DES URLIS, femme de BRÉCOURT ; — Marie DESMARES, femme de CHAMPMESLÉ ; — Jeanne OLIVIER DE BOURGUIGNON, femme de BEAUVAL ; Louise-Catherine POISSON, femme de LA THUILLERIE.

Aucun document ne nous permet de dire quelle était la situation respective de ces comédiens dans la société.

Ce théâtre, en l'année 1676, modifia les contrats relatifs aux pensions qu'il avait faits en 1664. Le 12 juin, les comédiens ci-dessus, moins La Fleur, Mlles Beauchateau et Brécourt, passent, devant Mes Malingre et Fillocque, un contrat que nous a indiqué l'Inventaire de 1718 et dont nous avons trouvé la minute chez Me Morel d'Arleux, successeur du second de ces notaires. Le voici en substance :

Ils rappellent qu'ils ont déjà passé plusieurs contrats de création de pension et disent vouloir que maintenant cette récompense s'étende à tous ceux qui sortiront de la Troupe par « inhabilité » ou infirmité (cependant le second acte de 1664 est bien ainsi que nous l'avons fait remarquer, de principe) ;

C'est pourquoi ils constituent, au profit de ces derniers, des pensions viagères et alimentaires de 1,000 1iv. à celui qui aura la part, de 500 à celui qui aura la demi-part, et à proportion [17] , payables annuellement, aux quatre quartiers, par celui des Comédiens qui y sera préposé, lequel retiendra, chaque jour de représentation, ce qui sera nécessaire par préférence à toute dépense ;

Ces pensions seront franches de toutes charges, et les pensionnaires francs de tous payements relatifs aux pensions passées et à venir et aux dettes de la Troupe ;

Si quelqu'un veut se retirer, sous prétexte d'infirmité ou d' « inhabilité, » la Troupe sera juge de ses motifs ;

Les pensions ne pourront être saisies, sous aucun prétexte, par les créanciers des pensionnaires ;

Les pensionnaires posséderont désormais les bureaux (de recette et de contrôle) vacants, ainsi que les profit y attachés, qui sont d'un écu pour chacun, par jour de représentation ;

S'ils ne sont pas en état de les tenir, ils pourront, avec le consentement de la Troupe, y commettre, leur vie durant, quelqu'un dont ils seront responsables ;

Quand un pensionnaire mourra, son bureau sera donné au plus ancien pensionnaire non pourvu ;

Quand il n'y aura pas de pensionnaires, les bureaux seront occupés par les personnes que désignera la Troupe, à la charge par elles de les quitter, lorsqu'il se produira des pensionnaires ;

Quinzaine après chaque quartier, si le préposé par la Troupe au prélèvement des pensions ne les a payées, les pensionnaires pourront faire contraindre les particuliers de la Troupe pour les parts et portions desdites pensions dont ils seront tenus ;

La Troupe fera ratifier le présent acte par les comédiens qui seront admis ;

Ceux qui le seront à condition de payer une pension ne laisseront pas de contribuer au payement de celles que paye la Troupe en général ;

Lorsqu'un acteur ou une actrice mourra, la Troupe donnera au veuf, a la veuve ou aux héritiers, même aux héritiers par testament, 1,100 liv. pour la part, 550 pour la demi-part, et à proportion ;

A l'effet d'acquitter ce payement, la part du décédé sera continuée et retenue, à chaque représentation, jusqu'à due concurrence ;

A l'ouverture de chaque pension, il sera passé par la Troupe un acte de confirmation du présent, au profit du nouveau pensionnaire.

Au théâtre Guénégaud, les acteurs continuèrent, à Pâques 1677, de partager sur quinze parts, mais ils tirèrent, depuis le 4 juin jusqu'en novembre, deux parts en sus pour payer le reliquat des dettes contractées lors de l'établissement rue Mazarine. Après le 29 juillet, Sourdéac et Champeron devenaient légalement exclus ; néanmoins, on continua, jusqu'au 26 octobre, de tirer leurs parts, ce qui fit quatre pour concourir a l'amortissement des dettes. Quand elles furent tout-à-fait payées, il ne resta donc plus que treize parts, portées, à Pâques 1678, à treize et demie par l'élévation de Mlle Guyot à part entière.

Le 1er mai 1678, nouveau contrat entre la Troupe de Guénégaud et du Croisy et sa fille par-devant Mes Lange et Loyer [18] , portant que Mlle du Croisy ne pourra jamais prétendre plus que la demi-part qu'on venait de lui accorder (à sa majorité) sur sa demande. Le nombre des parts fut alors de treize trois quarts.

Cette troupe prospérait chaque jour davantage. Toutefois, sous le rapport de la tragédie, elle le reconnaissait elle-même, les efforts qu'elle faisait pour éclipser l'Hôtel n'étaient pas couronnés d'un plein succès. Elle résolut donc, avec la prévoyance qui distinguait ses guides, surtout le plus habile, de consentir à un grand sacrifice pour remédier à ce mal. Les Comédiens de Guénégaud arrivaient à l'époque où il faudrait renouveler le contrat du 3 mai 1673, fait, on se le rappelle, pour six ans ; ils le renouvelèrent, en effet, à Pâques 1679, mais après avoir enlevé à leurs rivaux Mlle de Champmeslé et son mari. Avec l'enchanteresse tragédienne de Racine, c'était un des as qui entrait dans leur jeu : l'Hôtel n'avait plus que Baron, le plus grand de tous, à la vérité, mais qui restait sans partenaires ; il ne devait pas se relever d'un tel coup.

Donc, par acte passé par-devant Mes Dionis et Loyer, le 12 avril [19] :

Une nouvelle société, composée de tous les comédiens actuels de Guénégaud et des deux charmants transfuges de l'Hôtel, est formée pour vingt ans ;

Le loyer du théâtre sera payé en commun, et le bail en sera renouvelé au nom de la Troupe, sans que personne puisse le prendre à son nom ;

Les frais, payés également en commun, seront pris par préférence sur les recettes et revenants bons ;

Chacun se fournira d'habits à ses dépens ;

Les bénéfices seront partagés de la sorte :

Champmeslé, Guérin et leurs femmes [20] , La Grange, d'Auvilliers, Hubert, Rosimond, Verneuil, du Croisy, Mlles Dupin, de Brie et Guyot, à part ;

Dupin, Mlles La Grange, d'Auvilliers, du Croisy, à demi-part ;

A proportion des parts on payera les dépenses, dans lesquelles seront comprises les pensions que paye la Troupe, entre autres celle de 1,000 liv. à Sourdéac et à Champeron, et les pensions à venir ;

Mlle Ozillon, qui n'avait été conservée en 1673 que par protection, n'étant plus jugée digne de l'être, est renvoyée et recevra une pension de 750 liv., puisqu'elle a trois quarts de part [21] ;

Le décès d'un des comédiens arrivant pendant les vingt années de la société, ne l'anéantira pas ;

Pendant cette période, nul ne pourra quitter la Troupe pour aller dans une autre, à peine de 10,000 liv. de dédit applicables, sans conteste, moitié à l'Hôpital Général, moitié à ceux qui demeureront ;

Dans le cas où le déserteur aurait mari ou femme dans la Troupe, l'époux restant pourra être exclu sans pension ni dédommagement ;

Les comédiens qui seront admis à l'avenir devront ratifier le présent acte ;

La société ne sera pas atteinte si elle change de local ;

Quand un acteur ou actrice se retirera du consentement de la Troupe ou qu'il sera jugé insuffisant, il aura une pension viagère annuelle de 1000 liv., s'il est à part, et à proportion ;

Lors du décès d'un associé, sa part ou portion de part s'éteindra sans que l'époux survivant ou les héritiers puissent en rien prétendre, sauf que, selon l'usage existant parmi les comédiens, la part du défunt leur sera continuée jusqu'à la clôture ;

A partir du jour où l'on quittera régulièrement la Troupe, on sera déchargé de l'obligation de payer les pensions dues par la société ;

Les époux Champmeslé sont exempts de supporter, comme tous les nouveaux comédiens, leur charge dans le payement de 14,000 liv. fait en 1673 ;

La Troupe les gratifie, en outre, d'une pension annuelle de 1,000 liv. indépendante de leurs parts ;

Si l'un d'eux vient a mourir, le survivant ne recevra que la moitié de cette pension ;

Personne ne pourra invoquer cette faveur comme précédent ;

Les parts resteront fixées comme elles le sont ;

Les affaires communes seront résolues à la pluralité des voix, sauf les mises à la retraite, qui devront en réunir les deux tiers.

Le nombre des parts fut alors de quinze. Il resta le même à Pâques 1680.


NOTES DE BONNASSIES

(Dans l'édition d'origine les notes se trouvent en bas de chaque page.)

[1] Les frères Parfaict avancent que ces Comédiens proposèrent à ceux de l'Hôtel de se joindre à eux et que ces derniers refusent durement. Nous ignorons où le renseignement a été pris, mais nous ne le trouvons nulle part, et tout en prouve l'inexactitude {Retour]

[2] Le 25, ils continuent à jouer le Malade. Les frères Parfaict ont dit à tort que Rosimond entra, de fait, ce jour-là, pour remplacer Molière dans le rôle d'Argan. Rosimond ne fut engagé que le 3 mai, et celui qui joua, le 3 mars Argan, est, suivant La Grange, La Thorillière.{Retour]

[3] Une expédition de cet acte, ainsi que de tous ceux pour lesquels nous l'indiquerons, se trouve aux archives de la Comédie-Française, où nous l'avons retrouvée. Les signataires, mentionnés seulement dans le préambule sur cette expédition, sont: Armande Gresinde Claire Elisabeth Béjart veuve de Molière, Charles Varlet sieur de La Grange, Marie Ragueneau, sa femme, Edme Villequin sieur de Brie, Catherine Le Clerc, sa femme, Geneviève Béjard, femme de Jean-Baptiste Aubry, Philbert Gassot du Croisy, André Hubert, Claude de la Roze de Rosimont et Marie Angélique du Croisy, associés, est-il dit, sous le bon plaisir du Roi, pour former sa seconde troupe et contribuer à ses plaisirs.

Sur l'expédition de la Comédie, il n'est pas question d'Hubert dans la distribution des parts. Ce comédien figurant dans le préambule, nous conclûmes à une erreur du copiste, et nous l'avons, en effet, constatée sur la minute de l'acte, chez Me Pérard, successeur de Me Clément. Cette recherche nous a fourni l'occasion de voir la plus complète signature qui existe, sans doute, et qu'en tous cas nous connaissions de la femme de Molière: Claire armande Gresinde eslisabet Bejart Molliere.{Retour]

[4] La maison, qui a été rebâtie, porte aujourd'hui le no 42 et contient les ateliers d'un gazier; les dispositions; générales de l'ancien local y sont encore très-reconnaissables. Le no 44 qui, au XVIIe siècle, servait aux loges et salles de la Comédie, est resté intact. L'entrée, qui se trouve dans le passage du Pont-Neuf, était alors celle des acteurs; un vieillard, qui habite depuis longtemps près de là, se rappelle avoir vu encore, dans l'escalier, les statues des Muses qui dataient de l'époque où l'Académie habitait le jeu de paume et la maison.

Notre ami M. Nuitter fait en ce moment d'actives recherches pour retrouver des plans de ce théâtre. Nous avons lieu d'espérer qu'il trouvera.{Retour]

[5] Quelques années plus tard, ils paraissent néanmoins y avoir trouvé le logement étroit (il est vrai que c'était après la Réunion), car, dans une assemblée du 13 Septembre 1683, nous les voyons décider qu'on meublera l'appartement qu'ils ont loué chez du Manoir, paroisse Saint-Martial, et qu'on en louera encore un autre.{Retour]

[6] Arch. Com.-Fr. Aux signataires du précédent contrat s'ajoutent, bien entendu, Sourdéac et Champeron.{Retour]

[7] Arch. Com.-Fr. Les signataires sont les mêmes qu'a à l'acte précédent.{Retour]

[8] Pour acquitter ces 14,000 liv., les Comédiens, d'après une note manuscrite de La Grange et son registre, passèrent, le 14 (ou le 15) juillet, un contrat, devant Mes Le Normand et Gigault, par lequel ils constituèrent 700 livr. de rente à Boudet (tapissier du Roi, beau-frère de Molière et subrogé tuteur de sa fille), qui avait avancé la somme, mais à condition évidemment qu'il serait remboursé de la plus grande partie par Armande Béjart, laquelle, n'étant que tutrice de sa fille, ne pouvait sans doute prêter, de son chef, à ses camarades. En effet, des documents retrouvés par M. Soulié, il ressort que Mlle Molière prêta, ce même 14 juillet, à Boudet les 11,000 liv. que lui avait rendues, le 22 mai précédent, Lulli, à qui Molière les avait prêtées le 14 décembre 1670, et que Boudet les lui remboursa les 3 septembre et 26 octobre 1675. Sur les 14,000 liv. que ce dernier prêtait aux Comédiens, il en tenait donc 11,000 de Mlle Molière, et peut-être tenait-il la somme entière (ce point est obscur et long à expliquer, c'est pourquoi nous ne nous prononçons pas). Même après sa mort, on le voit, Molière, avec l'argent de sa succession, tirait ses camarades d'un pas difficile et préservait de la ruine ce théâtre qu'il avait fondé et qui devait être bientôt la Comédie-Française.

Le prêt fait par Mlle Molière explique aussi la signature de cette comédienne figurant, les premières années de l'association, en tête de ses camarades, dans les actes que passe la Troupe, même avant la signature de La Grange, et le choix de sa demeure à l'hôtel d'Arras, où son appartement communique avec le théâtre. (Voir une note de la Fameuse Comédienne, édit. Barraud.)

Pour racheter les 700 liv. de rente, il y eut une assemblée des Comédiens, le 3 (ou le 4) avril 1675, chez Gigault, où se trouva Boudet avec Aubry, beau-frère de Mlle Molière et son co-locataire. La troupe lui paya 11,000 liv. de principal, plus une année d'arrérages (700 liv.), plus les intérêts échus jusqu'au 4 avril (501 liv. 3 s. 4 d.), en tout 12,201 liv. 3 s. 4 d. (12,201 liv. 13 s. 4 d., Reg. de La Grange). A cet effet, elle avait retiré sur la recette, à partir du 9 juillet 1673 jusqu'au 19 octobre 1674, de l'argent sur les parts. Sourdéac et Champeron, qui n'étaient pas encore brouillés complétement avec elle, et qui n'avaient point à supporter, comme les autres comédiens, cette charge, récurent chacun 500 liv., suivant le compte dressé le 12 février 1675, comme dédommagement de la diminution de leurs parts durant cette période. Nous avons vu que Boudet remboursa Mlle Molière les 3 septembre et 26 octobre.

Il restait donc 3,000 liv. à payer à Boudet ou, avec les intérêts, 3,400 liv. 8 s. 6 d. Le 17 mai 1677, une nouvelle assemblée eut lieu chez Me Béchet, successeur de Me Gigault, où se trouva Boudet (probablement le fils, car le père avait dû mourir peu de temps auparavant). Pour rembourser celui-ci, les Comédiens empruntèrent à un ami d'Hubert et à plusieurs d'entre eux, qui furent remboursés, le 30 octobre, sur les parts mises en séquestre, depuis le 7 mai jusqu'au 26 octobre 1677, de Sourdéac et de Champeron, alors en procès avec la Troupe, et sur deux parts extraordinaires tirées, pendant quelque temps, depuis le 4 juin.{Retour]

[9] Arch. Com.-Fr. Toujours les mêmes signataires.{Retour]

[10] Les Comédiens devaient même aller plus loin. Lorsque La Roque se retira, à Pâques 1676, ils lui firent, outre la pension, un don de 500 pistoles, mais, sans doute, payable en plusieurs fois, car, leur ancien camarade étant mort avant de l'avoir touchée (le 3 I juillet), ils continuèrent sa pension à sa veuve jusqu'à concurrence de la somme.{Retour]

[11] Un écrit de La Grange dit: huit.{Retour]

[12] Nous renvoyons à la fin du chapitre de plus longs détails sur les démélés de Sourdéac et Champeron avec la Comédie. Voir p. 46.{Retour]

[13] La Troupe la reçoit encore à Pâques 1674, pour l'année 1673. C'est probablement apres la Réunion qu'on lui en annonça la suppression; mais, la saison théâtrale étant commencée, la mesure ne devait avoir d effet que l'année suivante.{Retour]

[14] L'original en existe aux archives de la Comédie, scellé du grand cachet de cire jaune, ainsi qu'une expédition suivie des significations. On la trouve imprimée dans le Theâtre François de Chappuzeau- et dans l'Histoire e du Théatre François, t. XI, p. 296.{Retour]

[15] Voir les Spectacles Forains et la Comédie-Française (Dentu).{Retour]

[16] Nous donnons, à la fin du chapitre, de plus longs développements sur les démêlés des Comédiens Français et Italiens. Voir p. 50.{Retour]

[17] Comme dans le contrat du 23 mai 1673, passé par les Comédiens de Guénégaud.{Retour]

[18] Arch. Com.-Fr. Il est signé de tous les comédiens dont nous avons donné la liste après la réunion, moins de Brie, La Roque, Mlle Aubry, qui étaient morts, et Mlle Ozillon (nous ignorons pourquoi, car elle n'était pas encore retirée). M11e Marie Claveau, mère d'Angélique et actrice du Palais-Royal exclue en 1665, y intervint également.{Retour]

[19] La minute s'en trouve chez Me Sébert, et une expedition aux archives de la Comédie. Nous énumérons plus bas tous les signataires. [La position dans le texte de cette note est incertaine.]{Retour]

[20] La femme de Guérin était la veuve de Molière, dont le second mariage avait eu lieu en mai 1677.{Retour]

[21] Elle n'accepta pas ce verdict et, en définitive, elle eut raison, car le contrat de 1673 ne donnait la pension au prorata de la part qu'à ceux qui se retiraient spontanément et qu'on laissait partir. Tel n'était point le cas de Mlle Ozillon, qui partait remerciée. Ce cas, il est vrai, n'avait pas été prévu, mais elle avait le droit d'exiger qu'on le résolût dans le sens le plus large, et elle n'eut sans doute pas à faire agir, sur les juges, arbitres de son sort, ces charmes célébrés par Loret, auxquels elle avait dû son maintien six années auparavant. Elle intenta donc un procès à ses camarades, et, le 16 mai 1679, fit interroger devant le commissaire La Mare, Hubert et La Grange. Ce dernier lui reprocha vivement de n'avoir jamais su se rendre utile à la société. Néanmoins, une ordonnance, rendue le 23 août au Châtelet, ordonna qu'elle aurait 1,000 liv. de pension ou qu'elle resterait dans la Troupe, avec option pour celle-ci, sinon l'option référée. Les parties en appelèrent, et un arrêt du 6 septembre les renvoya devant le Parquet des gens du Roi. Le 7, un nouvel arrêt assura la pension de 1,000 liv. à Mlle Ozillon.{Retour]